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LES ECORCHES DE FRAGONARD

 

0000Au XVIIIème siècle, deux conceptions de la préparation anatomique s'opposaient. L'Ecole d'Anatomie Naturelle assurait la conservation des corps dans l'alcool ou par dessiccation, tandis que l'Ecole d'Anatomie Artificielle reproduisait le plus fidèlement possible les formations anatomiques dans des matériaux inertes, comme par exemple la cire.
0000Fervent partisan de l'anatomie naturelle, Fragonard utilisa avec un brio inégalé la méthode traditionnelle de conservation utilisée au XVIIIème siècle. Il passa 9 ans à préparer des milliers de pièces anatomiques. Les préparations pouvaient être consacrées à l'étude d'un appareil bien précis et la dissection mettait en valeur celui-ci. Certains Ecorchés humains, comme le " Cavalier " ou " L' Homme à la mandibule " sont particulièrement impressionnants.
0000Il ne reste actuellement que 21 pièces attribuées à Fragonard, et celles-ci sont visibles dans la troisième salle du musée.

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Le Cavalier (entre 1766 et 1771)

0000Cette pièce exceptionnelle est le plus volumineux des écorchés de Fragonard. Elle représente un homme et un cheval disséqués, chevauchant dans l’éternité. La légende raconte que le cavalier était la fille d’un épicier d’Alfort dont Fragonard était tombé amoureux. L’examen attentif de la pièce révèle cependant un reste de pénis ligaturé qui ne laisse aucun doute sur le sexe du cavalier. Des inventaires révèlent que Fragonard avait réalisé d’autres préparations de chevaux portant des cavaliers mais celui-ci est le seul qui nous soit parvenu. Ce cavalier tenait autrefois dans sa main droite des rênes de velours bleu qui passaient entre les machoires du cheval, tandis que sa main gauche tenait un fouet. L’aspect macabre de la scène était renforcé par de petits fœtus humains montés sur des moutons ou des fœtus de chevaux, formant autour du « Cavalier » une petite armée.
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Le cavalier de l'apocalypse
Myologie de singe (entre 1766 et 1771)
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Panoramique

Fragonard a réalisé de nombreuses préparations de ce type. Ce petit singe vert semble
taper dans ses mains, à la façon de ses
congénères qui faisaient le spectacle dans les rues
et
sur les
marchés à cette époque.
Un autre singe l’accompagne, tenant dans sa main une noix.
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L’Homme à la mandibule (entre 1766 et 1771)
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L'homme à la mandibule0000000000

Ce grand écorché est une évocation de Samson abattant les Philistins avec une mâchoire d’âne. L’œuvre transmet une grande violence ; son bras brandit la mandibule, menaçante, ses lèvres sont crispées, son regard est dévié, son pénis injecté se tend de façon obscène. Fragonard a été jusqu’à lui tordre les oreilles et les lèvres, lui enfoncer le nez pour lui donner un rictus agressif.
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  Inventaire de la main de Fragonard Inventaire du Musée Fragonard, de la main de Fragonard (1794). Cette page contient la description très précise de l'Homme à la mandibule
Buste de chèvre (entre 1766 et 1771)
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Panoramique

Ce buste de chèvre impressionne par la finesse de la dissection.
Les vaisseaux ont été injectés ; le coeur a été disséqué ; les bronches ont été nettoyées.
La pièce est suspendue en l’air, si bien que le thorax apparait transparent, simplement orné des
formations anatomiques qui l’occupent
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Tête humaine injectée (entre 1766 et 1771)
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Panoramique

Cette tête humaine est un superbe exemple des techniques anatomiques utilisées au XVIIIème siècle.Les vaisseaux ont été injectés avec de la cire colorée : bleu pour les veines, rouge pour les artères. Ils apparaissent gonflés et permettaient à l’étudiant de bien visualiser le réseau vasculaire.Le crâne est percé de trous par lesquels le cerveau a été ôté. Les muscles et les nerfs ont été individualisés.
 
 
 
 

Groupe de foetus humains dansant la gigue (entre 1766 et 1771)

 

 
  Groupe de foetus humains

Fragonard a préparé de nombreux enfants morts-nés. La technique utilisée était voisine de celle employée pour les corps d'adultes. Les artères des foetus étaient injectés de cire. Les vaisseaux les plus petits étaient éventuellement recouverts de cire quand leur petit calibre ne permettait pas le passage de l'injection. Les crânes étaient ouverts pour en extraire l'encéphale, difficile à conserver. Les muscles, les nerfs étaient séparés puis ils étaient séchés dans un attitude évoquant le mouvement.

Ce groupe de 3 foetus est particulièrement morbide et il faut imaginer la réaction des contemporains de Fragonard à la vue de ces tableaux.

 
 

Dissection de bras humain (entre 1766 et 1771)

 
  Dissection de membre supérieur

Ce bras est un bon exemple de dissection menée dans un but pédagogique. La pièce a été préparée de façon rigoureuse, sans chercher à susciter le spectacle.
Les artères ont été injectées de cire rouge, les veines de cire bleue. Les muscles et les nerfs ont été séparés.
L'inventaire du Cabinet d'Anatomie d'Alfort fait en 1794 par Fragonard et Corvisart montre une très grande quantité de pièces humaines. Ceci s'explique par la formation initiale de Fragonard, chirurgien de son état, et qui resta toujours attaché à la dissection de l'homme. Par ailleurs, pour des étudiants formés à soigner des animaux présentant des anatomies très différentes , l'homme n'est qu'un cas particulier de la nature et son étude , dans le cadre de l'anatomie comparée, est d'un grand intérêt.

 

 
 

Injection-corrosion du système vasculaire d'un enfant (entre 1766 et 1771)

 
  Injection - corrosion Fragonard a également réalisé des corrosions, procédé très moderne pour l’époque. Le principe consiste à injecter un mélange inerte dans l’organisme et à détruire ensuite tous les tissus biologiques pour ne conserver que cette substance, réalisant ainsi un moulage des cavités remplies.
Pour cela, les corps étaient injectés avec un mélange de cire blanche, de résine purifiée et d’essence de térébenthine. Le produit sec était cassant et le corps ne devait donc pas être mobilisé après refroidissement.
Le corps était ensuite plongé dans des bains corrosifs de "menstrues”" ou d’"esprit de sel fumant". La destruction s’opérait en trois à quatre jours, l’opérateur devant prudemment retirer les tissus abîmés en les plongeant dans l’eau.
Le Musée Fragonard présente deux corrosions de systèmes vasculaires. Ces pièces devaient être réalisées couramment et elles ne devaient rien avoir d’extraordinaire pour l’anatomiste car elles sont fixées sur des planches de récupération desquelles le papier peint n’a même pas été enlevé. L’utilisation d’enfant s’explique par la nécessité d’immobiliser les corps sur des planches, mais aussi par la plus grande facilité d’exécution de cette opération sur des corps jeunes.
 

@ copyright Musée Fragonard